M. Butterfly (1993) de David Cronenberg
Par Coxwell le jeudi, février 2 2006, 12:27 - General - Lien permanent

René Gallimard, consulaire français en exercice à Pékin, est l'archétype de l'Occidental venu rencontrer l'Orient. Un schéma préconçu, une vision de la femme orientale qui tend à l'idéaliser, du moins à la mettre en valeur. Mais comme le rappelle sa compagne, "il n'y a pas de rencontre entre les deux mondes", autrement dit pas d'assimilation. La culture asiatique interprétée par René n'est pas faite de métissage, mais d'une simple version de l'amour romantique, "exotique" qui échappe aux Occidentaux. Ebloui par cette culture, René peut dès lors basculer dans une réalité imaginée.
Ce film se pose - volontairement ou non - dans la continuité de Faux Semblants. Après avoir interrogé la réalité des liens qui unissent des jumeaux monozygotes, David Cronenberg continue sa réflexion sur l'identité en se penchant sur ce qui différencie l'homme de la femme. La femme est-elle un homme qui se veut femme ? L'homme, au centre de la société asiatique, est-il plus à même de la comprendre, et de l'incarner ? Au delà, le film renvoie à l'image que l'on se fait de l'amour. Cette représentation projetée, plaquée sur le visage de l'aimé(e) importe t-elle plus que la personne derrière ce masque ?
Comme à l'accoutumée, l'approche de Cronenberg est fascinante. La mise en scène, délicate et toute en retenue, fait de cette histoire de papillons humains, un drame romantique profondément émouvant. Jeremy Irons, glacial, campe avec brio ce rôle d'homme désespérément "bloqué" dans une réalité qu'il rejette au profit d'une invention. Howard Shore à la musique et Peter Suchitzky à la photographie sont toujours en osmose avec le point de vue du cinéaste; Tout est juste, précis, sans fioritures.
Un excellent film malheureusement méconnu, une formidable occasion de mesurer toute l'étendue de la démarche de Cronenberg.
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