Les Fils de l'homme (2006) de Alfonso Cuaron
Par Coxwell le mercredi, novembre 1 2006, 09:43 - General - Lien permanent

On se croirait chez Terry Gilliam ou Danny Boyle ; dans l’Armée des douze singes ou 28 jous plus tard. Oui, Alfonso Cuaron a réussi le pari fou de réaliser un film d’anticipation inscrit dans la grande lignée d’un cinéma crépusculaire, le tout, proposé dans un écrin qui laisse admiratif.
Le réalisateur d’Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban offre au spectateur une réflexion crue sur l’actualité. A l’heure où le Sénat américain entérine la proposition de fortifier la ligne de démarcation qui sépare les Etats-Unis du Mexique, le metteur en scène mexicain dénonce froidement la politique sécuritaire et autarcique des pays développés cherchant à protéger délibérément leur pseudo boîte de Pandore, quitte à rompre avec l’idéal démocratique qu’ils vendent chaque jour dans les conférences de presse internationales, et spécialement au Moyen Orient.
Société devenue folle car stérile, l’humanité dans les Fils de l'homme a perdu sa raison de vivre, puisque incapable d’assurer sa reproduction. Cuaron pose son sujet à l’image de Rousseau dans le Contrat social. Il est vain de vouloir esquisser l’étiologie des maux dont souffrent l’humanité, de comprendre le pourquoi de la dégénérescence et l’infertilité de la société humaine – post-industrielle. A l’instar des Discours de Jean-Jacques Rousseau, le film de Cuaron présente une réalité perdue dans la haine du nombre et l’aliénation de la raison au service de la satisfaction de quelques. En ce sens, les Fils de l'homme est le pendant du Nouveau Monde de Terrence Malick, la démonstration d’une déliquescence dont le cinéaste texan et le Genevois se font le parangon. Depuis l’état de nature virginal de l’humanoïde des contrées de Virginie jusqu’à la dépravation de l’homme social incapable de vivre avec ses semblables, il n’y a qu’un pas entre ces deux films où planent l’ombre du philosophe.
Si l’élixir en vaut la peine, que dire du flacon ? La mise en scène des Fils de l'homme est tout à la fois audacieuse et timorée. Le scénario est structuré par un certain nombre de temps forts dont on ignore le sens jusqu’à leurs manifestations. L’objectif par lequel regarde le cinéaste a la qualité de nous épargner par avance les ressorts scénaristiques. La mise en scène a cela de réussie qu’elle laisse une sensation étrange de distance et d’implication. Une façon de se faire oublier, tout en étant sur le qui-vive lorsque le sujet l’y invite. Ainsi, la caméra semble affranchie de ce que lui dicte le script ; elle semble ne pas converger nécessairement avec ce que voudrait montrer la ligne du texte. Que ce soit dans la gestion de l’espace, la portée et les mouvements de la caméra, la réalisation des Fils de l'homme est à la hauteur de ce film somme, nouvel étalon en la matière : impliquée et douce-amère.
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