Certains films n'ont pas besoin de commentaires. Les images parlent d'elles-mêmes, leur force étant souvent, au dessus des mots. Ces films là sont de la main des plus Grands, des metteurs en scène qui savent insuffler à leur oeuvre une humanité qui dépasse de loin le simple écran de projection. Le Nouveau Monde est un de ces films là. Quitte à prendre le risque de simplifier le film à quelques ellipses métaphoriques, ce cinéma mérite probablement qu'on lui dédie quelques lignes.

Que ce soit lors de l'ouverture qui annonce les bâteaux de sa Majesté approcher les rives de la Virginie, ou de la fermeture sur le ruissellement d'une source, le Nouveau Monde est un film sur l'eau. Ce n'est pas le Prélude de l'Or du Rhin de Wagner accompagnant majestueusement ces images qui me contredira. Cette eau, c'est celle qui est la source d'une nature magnifiée, celle qui donne l'essence à toute vie sur notre planète. Cette nature bienveillante qui s'offre à nos yeux est l'héroïne principale, ou plutôt le dénominateur commun à toutes les destinées. Ces hommes qui s'aiment, se boudent, se déchirent sont des êtres vivants inscrits dans celle-ci, faisant partie de ce tableau. Inutile de chercher la prédominance de l'un sur l'autre, Terrence Malick ne les détache jamais mais les explique dans une démarche holistique. C'est un tout où l'ensemble l'emporte sur le singulier. De cette nature, l'homme y tire une énergie, une âme dira Pocahontas, quelque chose qui donne à l'homme sa foi, son amour. Tout est beau chez Malick, la nature comme les hommes. Même les évènements facheux sont balayés par la puissance de cette volupté bucolique, l'ennivrement tropical qui emporte chacun dans un tourbillon d'émotion et de douceur. Onirique, le Nouveau Monde est moins une représentation historique de la rencontre entre deux civilisations plutôt que la vision d'un artiste émerveillé, d'un Gauguin subjugué par toutes ces figures féminines. A la manière du capitaine John Smith qui carresse les cheveux de Pocahontas comme il effleure les herbes d'un geste de main, on abordera le Nouveau Monde, comme on le ferait d'une pépite qui nous est précieuse : avec sensibilité et délicatesse.