ratatouille

La fatalité a du bon chez Pixar. A la pensée déterministe qui parsème le dernier long métrage de Pixar fait écho l’incroyable destinée de ce studio californien jadis chapeauté par Monsieur Apple. Le sort de Pixar fait des envieux. Alors que ses concurrents – Dreamworks Pictures - connaissent des chemins plus sinueux, les réalisations pixariennes se suivent et se ressemblent : la fortune sourit à chaque nouvelle sortie. Ce succès reconduit est le fruit d’une remarquable régularité qualitative plus que d’une destinée hasardeuse et chanceuse. L’esprit du studio est celui de ses personnages de fiction : c’est à la sueur de son labeur que se mesurent les résultats. A l'inverse de la définition traditionnelle, le déterminisme chez Pixar n’est que le produit de l’action personnelle employée pour réussir. Il n'y a de déterminisme que celui choisi, et conduit par l'homme. Pragmatique les Pixar’s men ?

Le rationalisme a du bon, surtout lorsqu’il est utilisé pour déterminer les ressorts essentiels qui concourent à la qualité d’un film. Un grand nombre de metteurs en scène se perdent dans les outils technologiques et oublient l’essentiel : quelle est la grammaire cinématographique à utiliser ? Les petits gars de Pixar n’ont pas perdu à l’esprit l’importance du langage de l’image et de ses codes qui vont être lus et analysés par le spectateur. Ce n’est pas tant l’enveloppe charnelle du film qui pèse que son lien avec le spectateur. Autrement dit, le technicien laisse place à l’artiste, et non l’inverse (Qui a parlé de George Lucas ?) L’image de synthèse n’a pas bouleversé le principe et le fonctionnement du film d’animation. Ratatouille en est une nouvelle démonstration. Le film réutilise des éléments qui n’ont rien d’inédit, mais qui, par un savant dosage de vieux et de nouveau, donnent au récit un fort pouvoir de captivité. En contre-plongée devant une vitrine de magasin par tant d’orage, on se croirait chez Basile, le détective privé ; tandis qu’avec la bonhomie de Gusteau et la nostalgie des écriteaux d’un certain « vieux » Paris, on se croirait dans le Montmartre de Jean Pierre Jeunet. Mais l’illusion est parfaite et l’idéalisation parisienne factice. Si le petit rat gastronome a tous les traits du self-made man flamboyant, fidèle à l’image - vendue depuis un siècle par l’iconographie américaine - du parfait inconnu devenu riche et célèbre, il vit dans un monde gastronomique sombre et impitoyable. Ce n’est pas le critique Ego qui nous contredira : cachexique et replié dans son univers gothique, il est tout droit sorti de chez Tim Burton. Ratatouille pourrait être la démonstration américaine qu’il n’y a de fatalité que pour ceux qui ne s’en donnent pas la peine. Mais comme tout est plus complexe et moins facile dans la réalité, Brad Bird a résolument choisi d’y mettre de la nuance, tout en évitant de sombrer dans un certain pessimisme démissionnant. Bah oui, il faut quand même que les petits bambins gardent le sourire…

Que cette fatale réussite pixarienne se renouvelle à la hauteur de ce qu’elle a engendré pour ce Ratatouille. C’est tout le malheur que l’on souhaite au prochain Wall-E prévu pour 2008.